Vers trois ans, certains enfants simulent des conversations téléphoniques sans jamais avoir utilisé de véritable appareil. Ailleurs, d’autres refusent soudain de jouer à la dînette, alors même qu’ils adorent cuisiner avec leurs parents. Le jeu d’imitation ne suit pas un calendrier fixe : son apparition et sa forme varient d’un enfant à l’autre, indépendamment du contexte familial ou culturel.
Les spécialistes s’accordent pourtant sur son rôle déterminant dans l’acquisition des compétences sociales et cognitives. Des différences notables persistent selon le genre, l’environnement ou encore l’exposition aux écrans, suscitant de nombreux débats parmi les experts.
Pourquoi les enfants aiment tant imiter : comprendre le jeu d’imitation
Chez le jeune enfant, imitation et jeu symbolique avancent main dans la main dès 18 à 24 mois. Jean Piaget, précurseur dans ce domaine, situe l’apparition de la pensée symbolique autour de 2 ans, fondement sur lequel repose le jeu d’imitation. À ce stade, l’enfant ne fait plus que copier : il transforme le réel, détourne les objets, crée des situations inspirées de son vécu ou de son imaginaire. Un bouchon se transforme en téléphone, une cuillère devient baguette magique.
Le jeu d’imitation sollicite de multiples processus : assimilation de gestes, invention de scènes, mobilisation de souvenirs. Piaget met en avant l’imitation différée : l’enfant reproduit un comportement même en l’absence du modèle. Cette étape montre que la permanence de l’objet est acquise, que la représentation mentale se structure. Bandura, Vygotski, Wallon, Bruner ont, eux aussi, détaillé combien l’observation de l’adulte et l’interaction sociale favorisent cet apprentissage. Le groupe, la relation éducative, tout compte.
Du côté des objets, voici ceux qui accompagnent et nourrissent ces jeux de rôle :
- dînette,
- poupée,
- mallette de docteur,
- outils de bricolage,
- cuisine miniature,
- marchande,
- garage,
- figurines.
Ces accessoires deviennent supports de narration et terrains d’expérimentation de la vie adulte. Les parents, premiers modèles, inspirent les scénarios, encouragent l’exploration, participent parfois au jeu. L’enfant observe, réinvente, prend appui sur la réalité pour mieux la transformer.
Quels bénéfices pour le développement de l’enfant ?
Le jeu d’imitation fonctionne comme un terrain d’essai où l’enfant affine ses compétences. Il mobilise la pensée symbolique, pierre angulaire du développement cognitif. Manipuler un objet, détourner son usage, inventer des histoires : autant d’occasions de stimuler la mémoire, l’anticipation, la logique. Les travaux de Piaget et de Vygotski montrent que l’enfant, en reproduisant gestes et paroles entendus, structure peu à peu sa pensée et organise sa vision du monde.
Très vite, les aspects sociaux prennent toute leur place. Par l’imitation, l’enfant découvre les rôles sociaux, assimile règles, codes et postures. Jouer « à la maîtresse », « au docteur » ou « au papa » lui permet d’apprendre à interagir, à se situer dans un groupe. En endossant d’autres points de vue, il développe empathie, altruisme, bienveillance : comprendre l’autre, réguler ses propres émotions, c’est déjà grandir.
Voici deux exemples concrets de bénéfices observables :
- Motricité fine : manipuler de petits accessoires, habiller une poupée, servir le thé à la dînette, affûte la précision des gestes et la coordination œil-main.
- Langage : inventer des dialogues, raconter une scène, répéter des phrases entendues, permet d’exercer le vocabulaire, l’articulation, la capacité à structurer un récit.
Le jeu symbolique offre aussi un espace pour rejouer des situations difficiles, exprimer des émotions, résoudre certains conflits internes. Les parents, en proposant (ou parfois en limitant) certains jouets ou scénarios, participent malgré eux à la construction de l’identité de genre et des représentations sociales.
Accompagner et encourager le jeu symbolique au quotidien : conseils pour parents et professionnels
Créer un climat favorable à l’imagination symbolique commence par multiplier les occasions de jeu d’imitation. Placez à disposition plusieurs objets emblématiques : dînette, poupée, mallette de docteur, outils miniatures, cuisine de jeu. Plus le choix de jouets d’imitation est large, plus l’enfant peut explorer de nouveaux rôles, varier ses gestes, affiner ses préférences. N’hésitez pas à mêler accessoires spécifiques et objets du quotidien : une boîte fait office de four, un torchon devient cape ou nappe, l’imagination fait le reste.
Encouragez l’enfant à raconter, à commenter ses mises en scène, à mettre des mots sur ses actions. Le langage enrichit le jeu, clarifie la pensée, élargit le champ des possibles. Offrez-lui la liberté d’inventer ses propres histoires, de transformer les règles à sa guise. L’adulte, présent mais discret, joue le rôle de compagnon de jeu : il observe, soutient, propose de temps à autre une idée ou un mot nouveau, mais reste en retrait pour laisser l’enfant mener la danse.
Prenez en compte la représentation des rôles et veillez à la diversité des modèles proposés. Les enfants imitent ce qu’ils voient : variez les situations, présentez des personnages de tous horizons, ouvrez le jeu au-delà des stéréotypes de genre. Du côté des professionnels (en crèche, à l’école maternelle), aménager des espaces modulables, renouveler régulièrement le matériel, favoriser les interactions entre enfants nourrit la dynamique du jeu symbolique.
Observer attentivement ces jeux livre de précieuses indications sur le développement de l’enfant : aptitude à coopérer, richesse du langage, gestion des conflits, compréhension des émotions. Parents et éducateurs ajustent alors leur accompagnement, avec vigilance et confiance, pour soutenir chaque étape du cheminement. Le jeu d’imitation, loin d’être un simple passe-temps, façonne discrètement l’adulte en devenir.


