L’accouchement à domicile est une évidence pour certains, un grand mystère pour d’autres et, trop souvent, un choix marginal voire incompris.

Il y a peu de temps, j’ai eu la grâce d’accompagner l’accouchement à domicile d’une amie chère. Ce fut un moment riche en expériences, en émotions. Mais ce qui m’a le plus marqué c’est la façon dont cette une aventure profondément intense pouvait être simple et naturelle. C’est ainsi que les enfants naissent depuis la nuit des temps, que des êtres s’incarnent et que des femmes deviennent mère.

Au coeur de cette grande et belle expérience j’ai eu le plaisir de rencontrer Alexandra, sage femme à domicile (autrement appelé sage-femme AAD).

Tout naturellement l’envie de parler de l’accouchement à domicile au sein du ce blog s’est confirmée et c’est ainsi qu’Alexandra a accepter de nous partager son expérience de sage femme sur ce sujet sous la forme de l’interview dont vous trouverez le podcasts ainsi que la retranscription ci-dessous.

 

Interview sur l'accouchement à domicile avec une sage femme à domicile

Interview à domicile sur l’accouchement à domicile – Une fenêtre ouverte vers les vastes horizons de la naissance.

 

Version podcast pour ceux qui préfèrent l’audio :

 

Version écrite pour ceux qui aiment la lecture :

“Bonjour,        

Aujourd’hui, je suis avec Alexandra.

Alexandra, tu es sage-femme et tu accompagnes les femmes à donner naissance à la maison en tant que sage-femme à domicile.

Tout d’abord, je souhaitais te remercier d’accepter cette interview.

Pour commencer, je vais te proposer de te présenter en quelques mots. Qu’as-tu envie de nous partager de toi , de ton parcours et de ce qui t’a attiré vers l’exercice de sage-femme à domicile ?

Rien ne m’a attiré, j’ai été poussée là presque contre mon gré par un enchainement de circonstances.

Le point de départ, c’est une maman qui voulait accoucher à la maison et qui s’est retrouvée à l’hôpital amenée par les pompiers parce que son mari n’était plus d’accord pour vivre ça chez eux. Elle n’avait pas du tout envie d’être là. 

J’ai trouvé fabuleux la façon dont cela s’est passé, de la voir accoucher par ses propres moyens.

Ca a été le point de départ d’une longue histoire.

 

C’est donc une femme qui t’a initiée, toi sage-femme, à l’accouchement physiologique et au fait de pouvoir donner naissance par soi-même ?

Elle t’a en quelque sorte ouvert l’envie de vivre l’accouchement autrement ?

Cela m’a ouvert les yeux sur la magie de l’instant quand la femme fait les choses par elle même.

 

C’est beau d’avoir été ouverte à cela par une femme qui elle-même est en train de donner naissance !

Ca fait toujours ça !

 

La questions des risques et des préjugés

Quand on parle d’accouchement à domicile on est souvent confronté à des préjugés, à la question des risques. 

Qu’est ce que toi tu peux nous dire de tout ça ? 

Les risques, y en a vraiment ou en tout cas y en a-t-il davantage à domicile qu’en structure hospitalière ? 

Quelles sont les précautions que vous pouvez prendre en tant que sage-femme ?

Et pour finir, quels sont les avantages de l’accouchement à domicile notamment sur la question des risques ?

Une des précautions que l’on prend c’est que l’on choisit des patientes qui sont dites « à bas risques » c’est-à-dire qu’il n’y a, à priori, aucune raison de penser qu’il y ait de problématique à l’accouchement.

D’autre part, ce que j’explique bien à mes patientes c’est que le risque zéro n’existe pasL’accouchement à la maison favorise les conditions optimales pour préserver la physiologie donc, de la façon dont les femmes accouchent naturellement. D’un autre côté, il implique nécessairement d’être en dehors des structures.

Cela reste un choix personnel et chacun fait la balance entre le maintien optimal de la physiologie qui est quand même un garant de la sécurité et le fait qu’on s’éloigne des structures pour le cas très rare et très imprévu.

 

Et dans tout les cas, il y a toujours la possibilité de transférer, n’est ce pas ?

Cela reste très rare mais, si besoin, on a des moyens de transfert qui sont optimaux en France.

Je n’accepte, par exemple, pas les patientes qui sont trop éloignées d’une maternité.

Ce qui fait que l’on arrive à un niveau de prise en charge qui, de mon côté, me semble sécure.

 

Tu parles du risque zéro qui n’existe pas mais il n’existe pas non plus en structure ?

Exactement, mais ce qui est pointé du doigt dans ce genre d’approche ce ne sont pas les structures.

Je dirai qu’en structure tout le monde entend bien ou, en tout cas, mieux qu’il n’y a pas de risque zéro mais cela est beaucoup moins bien entendable quand cela se passe hors structure.

L’accouchement physiologique, un gage de sécurité pour la mère et l’enfant.

Il est dit, par certains professionnels, que l’accouchement physiologique est gage d’une grande sécurité pour la femme et pour l’enfant car en soutenant la physiologie on se préserve davantage de la pathologie. Qu’en penses-tu ?

Absolument, c’est ce qui fait que c’est sécure et que ces conditions favorisent un accouchement sécure dans la majorité des cas.

 

En quoi l’AAD (accouchement à domicile) est une condition favorable pour l’accouchement physiologique ?

Pour plein de raisons. Ce sont les conditions qui respectent au mieux les besoins d’une femme qui va accoucher qui sont des conditions d’intimité de sécurité.

Une femme qui se sent bien et sécure chez elle ne luttera pas contre ce qui est en train de se produire et ne mettra pas de frein au travail de l’accouchement.

 

Accoucher à domicile ou en salle physio ?

Il y a beaucoup de femmes qui sont dans un projet d’accouchement physiologique mais qui hésitent entre l’accouchement physiologique au sein d’un service dans une structure qui propose un accompagnement de l’accouchement physio et un accouchement à domicile. 

Comment tu éclaires les femmes dans ce choix-là ?

Est-ce que c’est cette question de « où est ce que chacune se sent le plus en sécurité » qui va permettre d’orienter ce choix ? Sachant que pour certaines ce sera chez elle pour d’autres ce sera d’être dans une structure médicalisée « au cas où ».

C’est exactement cela. C’est uniquement le choix de l’endroit où l’on se sent le plus sécure.

Si on choisit l’AAD parce que notre meilleure amie a accouché à la maison alors que l’on ne se sent pas totalement sécure, cela a peu de chance de fonctionner. 

 

Est-ce que ce choix peut se faire jusqu’au dernier moment ?

Peut-on s’être préparé à accoucher dans un endroit mais le jour J avoir envie d’en changer ?

Certaines femmes peuvent s’être préparées à un AAD et, sur le moment, ne pas se sentir sécure et préférer partir en structure ou inversement, avoir préparé un accouchement physio en structure et, une fois le travail en route, se dire qu’elles n’ont pas envie de bouger et que c’est chez elle qu’elles se sentent vraiment bien.

Mais, dans ces cas-là, est-ce possible de préparer l’accouchement à domicile « au cas où »

Le choix est toujours libre et on peut changer d’avis à tout moment.

C’est rarement la femme qui ne se sent pas sécure. C’est quand même quelque chose qu’ ils ont réfléchi en amont mais en tout cas le couple sait que l’un ou l’autre peut changer d’avis à et qu’il n’y a pas d’accouchement à domicile à tout prix.

De la même manière que si je me sens moi moins sécure à un moment donné je peux être amenée à demander que l’on change de lieu.

 

L’importance du sentiment de sécurité et du “non-stress”

Si je comprends bien, il y a trois personnes qui sont à prendre en compte dans le besoin de sécurité: la femme qui accouche, l’accompagnant et la sage-femme.

C’est la prise en compte de l’adrénaline. 

L’hormone de l’adrenaline est antagoniste de l’ocytocine et donc si l’un de nous la sécrète, cela a tendance à ne pas aider le déroulement naturel de l’accouchement.

 

Ce que tu nous dis là c’est que même si les sécrétions d’adrénaline proviennent d’une autre personne que la femme qui accouche ?

Quand on a quelqu’un de stressé à côté de soi, on le sent. On n’y fait pas nécessairement attention mais si on se pose un petit peu et que l’on observe que l’on ressent ce stress de l’autre et qu’il joue sur nous.

 

Donc finalement, un accompagnant stressé n’est pas toujours un bon accompagnant pour l’accouchement physiologique (rires).

Après, le fait de ressentir ce stress peut guider dans différentes choses. C’est important de voir d’où provient le stress et quelle en est la raison.

 

C’est peut être donc l’importance de distinguer quand c’est un stress positif qui nous guide, nous donne un indicateur voire nous permet d’agir ou quand c’est un stress positif qui entrave la physiologie de l’accouchement.

Oui, ça peut être un indicateur sur le déroulement pas complétement fluide ou sur le fait que le conjoint ne se sente pas bien et qu’il faille donc aller débriefer avec le conjoint.

 

Ce que tu nous dis là c’est que la sage-femme accompagne la mère mais aussi, parfois, le conjoint (rires).

C’est possible.

 

La place du conjoint dans la préparation à l’accouchement à domicile

Est ce que justement, toi en tant que sage-femme tu favorises d’être en relation avec le conjoint pendant les rendez-vous de préparation pour aussi travailler ce projet d’accouchement à domicile avec lui ?

Idéalement oui, après ce sont des histoires différentes pour chaque couple. Certains hommes préfèrent rester en retrait lors de la naissance.

 

Et pour un conjoint qui a envie d’être présent ?

Ca dépend vraiment de chacun.

 

Est-ce que tu es d’accord de faire un accompagnement à l’accouchement et éventuellement à un AAD même si les personnes disent clairement qu’elles se décideront qu’au dernier moment ?

Oui bien sûr, ça m’est arrivé.

Ca me semble d’ailleurs assez sain de ne pas être complétement fixé sur une seule idée car on ne maitrise pas tout, on n’a pas toutes les cartes et il est important de rester dans l’ouverture que même si le projet était de vivre ça à la maison, différents éléments puissent faire changer l’aboutissement.

 

L’importance d’être ouvert à ce que la vie nous propose

Tu soulignes ici un point que je trouve vraiment central dans l’accouchement : être ouvert à ce qui se présente.

Que pourrais-tu nous dire fin d’aider les personnes à se représenter comment se vit un accouchement à domicile ? Pour moi ce qui a été le plus évident pour la première naissance à la maison que j’ai vécu c’est : « mon dieu, comme c’est simple »La simplicité et le respect, voilà ce qui me vient.Enfin, la simplicité d’un œil extérieur bien sûr (rires).

 

Et oui, on ne vit pas toujours les mêmes choses de l’intérieur ou de l’extérieur…

Ce que l’on pourrait peut-être dire c’est que dans cet événement de la naissance qui est forcément intense, les choses se vivent de la manière la plus simple possible.

C’est ça.

 

Accoucher à domicile quand on a déjà des enfants

Une question qui interroge aussi parfois c’est : quid des autres enfants ?

Quand ce n’est pas une première naissance et qu’il y a donc des enfants plus grands, comment faire pendant l’AAD. Est-ce que toi tu abordes le sujet avec les parents ? 

Oui on en parle de manière à avoir un moyen de garde pour ces enfants s’il y a transfert.On l’évoque pour organiser le plan B.Après c’est chaque famille qui sent si elle a envie que les autres enfants soient là ou non au moment de la naissance.

 

De ton côté tu n’invites pas explicitement à ce qu’il y ait une personne présente pour les autres enfants ?

Il faut une personne-ressource qui soit disponible facilement, pas nécessairement dans la maison mais qui soit vraiment à proximité et puisse se déplacer rapidement.

Cela pourra être utile en cas de transfert ou si la maman ne se sent finalement pas à l’aise avec ses ainés autour d’elle, si l’enfant est en demande de changer de lieu.

 

Dans les accouchements que tu as pu accompagner, y a-t-il eu des enfants qui étaient présent dans la même pièce pendant toute la durée du processus ?

En général ils vont et ils viennent. Il y a eu certains enfants qui étaient présents vraiment au moment de la naissance.

 

Et comment as-tu senti qu’ils le vivaient ces enfants ?

Plutôt bien. Le dernier accouchement que j’ai accompagné dans ce cas de figure c’était une fratrie de trois que je connaissais déjà et c’était vraiment préparé comme un moment de fête.

 

Il y avait donc toute une préparation faite en amont au sein de cette famille.

Oui, ils en avaient beaucoup parlé, ils avaient regardé des films sur les naissances, j’avais aussi fait une séance de préparation familiale à l’accouchement avec toute la famille et ils savaient donc à quoi s’attendre. L’ainé avait d’ailleurs déjà vu naître le deuxième. Et c’était vraiment très joyeux !

 

Trois dernières questions

Des clefs pour l’accouchement

Si tu devais donner des clefs pour les femmes pour vivre au mieux leur accouchement physiologique, qu’est-ce que ce serait ?

Faire le point sur leurs peurs. Parce que j’imagine que c’est un des plus grands freins à la naissance.

Donc un travail sur soi et sur ses peurs à faire avant d’être enceinte et/ou pendant la grossesse.

 

Est-ce que tu conseilles des outils particuliers pour travailler sur ses peurs ?

 Peu importe, chacune trouve les outils qui lui conviennent mais l’important est de travailler sur ses peurs.

Il y a des sages-femmes qui utilisent une méthode nommé Ariane Seccia qui est tirée d’un livre que cette femme a écrit et qui s’intitule « les peurs de la grossesse et de l’accouchement » qui est un bon outil à utiliser en séance quand il s’agit de travailler sur les peurs de la maternité et de l’enfantement.

C’est une des façons de le faire, mais il y en a d’autres approches comme la sophrologie ou l’hypnose et d’autres encore.

 

L’idée est donc d’aller rencontrer ses peurs avant le jour J pour pouvoir les identifier, les connaître un peu mieux voire si possible les désamorcer ou du moins les alléger.

Au moins reconnaître ses peurs si on ne peut pas toujours complétement les désamorcer.

 

Même question pour les accompagnants : est-ce que tu aurais des clefs pour les pères ou pour les accompagnants : comment accompagner au mieux la femme qui vit son accouchement ?

Je dirais : s’informer au maximum de la physiologie de la femme et de l’accouchement parce qu’on a beaucoup d’idées préconçues sur comment se passe un accouchement de manière à éviter que des représentations erronées ne deviennent un frein au processus naturel.

Deuxièmement, explorer aussi ses peurs et ses attentes et se demander quelle place on veut prendre dans ce processus.

 

La période de l’après-naissance

Une dernière question sur l’après naissance, la période des suites de couche dont on entend malheureusement trop peu parler. 

Je sais que dans certaines sociétés traditionnelles et dans certaines pratiques, on invite la femme à rester au maximum à l’horizontale pour que le corps se remette au mieux et évite trop de pression sur le périnée. En même temps on est dans une société qui invite souvent à l’activité. 

Comment, accompagnes-tu cette période ? Quels conseils donnes-tu ?

C’est justement un des grands avantages de l’accouchement à domicile. On n’est pas sollicité par des soins inutiles prodigués à la mère ou à l’enfant. De plus on prépare cela en amont avec les couples pour que la femme n’ait rien d’autre à faire que de s’occuper de son bébé, rester au repos et de récupérer son énergie.

Cela permet aussi une mise en place assez optimale de l’allaitement.

Encore une fois, l’idée est d’intervenir le moins possible dans le processus naturel : de séparer le moins possible la mère et l’enfant, de le garder sur soi, si possible en peau à peau, de ne pas le laver avant un certain temps, de favoriser cette proximité entre la mère et l’enfant.

 

Combien de temps dure cette période où la femme a besoin d’être entourée, d’être choyée, de vivre pleinement cette bulle avec son enfant ?

Traditionnellement c’est 40 jours mais on est dans une société où tout va vite et cela semble compliqué pour beaucoup de familles de tenir 6 semaines. 

Dix jours c’est déjà super et supérieur à ce que l’on vit en maternité. Huit ou dix jours permettent déjà de s’être reposée un peu, d’avoir récupéré de l’énergie et mis en place l’allaitement.

 

Est-ce que tu as connaissance de projet, de services qui sont mis en place pour accompagner de manière optimale cette période charnière ?

J’ai l’impression qu’il y a peu de chose qui vont dans ce sens…

Chez nous ? Rien du tout !

Enfin si, on peut demander les services d’une aide ménagère ou d’une doula. Il y a aussi la possibilité de la visite d’une sage-femme à domicile mais c’est uniquement le lendemain de la sortie, cela ne change pas le quotidien de la famille.

 

Oui, ce sont des aides partielles mais ce n’est pas suffisant pour se faire entourer et soutenir sur toutes les dimensions de la vie et du quotidien afin être disponible pleinement et uniquement à soi et à son bébé.

Il y a donc beaucoup de projets à créer pour avancer dans l’accompagnement de l’après naissance…!

Appel aux volontaires 😉

Merci beaucoup à toi Alexandra de toute cette richesse que tu as pu apporter au travers de tes réponses, de ce partage et de cette belle rencontre.

Avec grand plaisir ! “

 

 

Je suis ravie de pouvoir vous partager sur ce blog la richesse de cette rencontre avec Alexandra.

 

Et vous, que pensez-vous de l’accouchement à domicile? Avez-vous des questionnements autres que ceux évoqués ici?

Souhaitez-vous nous partager votre expérience ou vos questions dans les commentaires?

 

Avec vous sur le chemin de la vie,

Marie.

 

Retrouvez le podcasts de l’interview :

 

 

 

 

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