En tant que jeune parent, nous nous focalisons souvent d’abord et avant tout sur la mission de « Répondre le mieux possible à l’ensemble des besoins de son enfant». C’est bien naturel. C’est déjà énorme ! Pourtant, lorsque je me remémore la période d’avant la naissance, j’avais également en tête une autre mission : « amener mon enfant à être le plus autonome possible ». Devant un nouveau-né, petit être entièrement dépendant de son entourage, la question de l’autonomie ne se pose, évidemment, absolument pas. Mais alors, à partir de quand commence la longue route vers l’autonomie ? Et comment l’accompagner ?

A la naissance, le petit d’homme est réputé immature. En effet, contrairement aux autres mammifères, il est incapable de se mouvoir par ses propres moyens. Songez au bébé gnou qui doit courir après sa mère juste après sa naissance sous peine d’être abandonné à son sort. Songez au poulain qui gambade près de sa mère après 30 petites minutes à l’air libre. Notre bébé ne peut ni ramper, ni se tourner. A ce stade, c’est effectivemment mal parti pour l’autonomisation ! Cette bizarrerie s’explique par 2 raisons principales : 1/ notre cerveau est bien plus gros que les autres mammifères 2/ notre position bipède nécessite une largeur de bassin qui ne permet pas au fœtus de développer son cerveau complètement. Car il ne faut pas 9 mais 18 mois pour qu’il gère un minimum la coordination des membres (ce qui lui permet, à minima, de se mettre à l’abri en cas de danger). S’il attendait 18 mois dans le ventre maternel, le bébé n’aurait tout simplement plus la place de sortir.

 

Pourtant, il apparaît primordial de commencer la longue route vers l’autonomisation le plus tôt possible. Pourquoi ? Le cerveau de l’enfant étant en construction, chaque expérience va laisser sa trace. Jusqu’à l’âge de deux ans, le cerveau est dit « très sensible ». C’est une période de développement particulièrement intense. En effet, le cerveau du nouveau-né possède déjà ses 100 milliards de neurones mais ils ne sont pas encore reliés entre eux. Ce sont les expériences vécues, mêmes les plus anodines, qui vont permettre ces connexions synaptiques. Puis un tri va se mettre en place progressivement pour éliminer les connexions les moins utilisées. Donc quand une expérience est répétée encore et encore, le cerveau en est véritablement imprimé. La connexion est renforcée et sera sauvegardée.

 

Comme il n’est pas toujours évident de mesurer ce qu’on ne voit pas (en l’occurrence le nombre et le type de connexions synaptiques effectuées par son petit bout de chou), voici un autre avantage à commencer dès que possible à favoriser l’autonomie pour son enfant : cela va permettre à nous, parents, de nous entraîner. Mieux vaut commencer trop tôt que trop tard. Mieux vaut commencer quand il n’y a pas d’enjeu véritable (quoique). Mieux vaut commencer petit à petit. Mieux vaut commencer tout court !

 

Voici donc plusieurs outils à appliquer dès maintenant avec vos enfants.

Le rituel d’habillage

C’est sans doute l’outil le plus facile à mettre en place et celui qui peut être utilisé le plus tôt (je l’ai personnellement appliqué dès le 1er jour). Il s’agit de demander la participation de son enfant lorsqu’on l’habille.

Tout dépendant qu’il est, un nouveau-né enregistre ce que vous lui faites et ce que vous lui dites. En mettant en place un rituel, on lui permet d’enregistrer une suite donnée. On lui donne ainsi la possibilité d’anticiper ce qui va arriver et, petit à petit, de participer à son habillage. Dans le cas d’un body par exemple, on enchaînera systématiquement bras droit puis bras gauche (ou vice-versa). Pour un pantalon : jambe droite puis jambe gauche. Et pour un pyjama : bras droit puis bras gauche puis jambe droite puis jambe gauche. C’est un réel plaisir de sentir une complicité se mettre en place !

 

Imiter son enfant

Oui vous avez bien lu ;). Très simple également à mettre en place, cet outil atteint son objectif avec des enfants à partir de 9 mois environ. Concrètement, lorsque la situation s’y prête (en face à face par exemple), on va reproduire un geste ou une posture en signifiant à l’enfant qu’il s’agit d’une imitation. Cela permet à l’enfant de prendre conscience 1/ de ses propres gestes 2/ que ses gestes sont perçus et observés par l’adulte et 3/ qu’il peut avoir de l’influence sur ses parents (ce qui n’est rien de moins qu’un besoin relationnel fondamental).

 

Laisser le choix

Les occasions de proposer un choix à son enfant sont légion. Le plus simple étant, à la fois pour nous et pour l’enfant, de ne faire que deux propositions : pomme ou poire ? chaussettes grises ou chaussettes bleues ? pyjama rose ou pyjama blanc ? En faisant cela régulièrement, l’enfant va progressivement intégrer qu’il peut prendre des décisions, SES décisions. Tout n’est pas figé. Certes, il arrivera que l’enfant choisira les deux voire… ni l’un ni l’autre. Mais c’est encore un choix ! Le plus important est qu’il sente qu’il peut exercer de l’influence. Au fur et à mesure, il arrivera sans doute un moment où l’enfant choisira d’ailleurs… ce qu’on ne lui a pas proposé ! Ce sera alors un excellent test : jusqu’où va mon influence ?

 

Permettre les explorations

A l’évidence, laisser un enfant explorer son environnement participe à le rendre plus autonome. Quoi de mieux que d’aller derrière cette porte pour faire de nouvelles découvertes ? Quelle aventure de vider entièrement ce tiroir rempli de papier ! Et si j’allais voir dans ce placard ce qui s’y cache ? Deux paramètres nous paraissent importants à prendre ici en compte.

 

L’environnement est le premier. De nombreux conseils existent sur la manière d’aménager un espace pour le jeune enfant. La pédagogie Montessori par exemple est fondée sur la théorie que c’est l’environnement qui façonne l’enfant. Il en découle des indications très précises sur les aménagements à réaliser, les types de meubles à installer, etc. Il est idéal de tout mettre en œuvre pour adapter le mieux possible l’environnement complet où l’enfant grandit (et pas seulement la chambre). Citons parmi d’autres aménagements possibles dans le but que l’enfant fasse par lui-même:

  • livres et jouets facilement accessibles et rangeables
  • paterre pour qu’il suspendre manteau et écharpe
  • bassine en guise de lavabo pour le lavage de mains

Mais un aménagement, aussi soigné soit-il, n’est pas suffisant en lui-même. Il faut encore que les parents puissent s’emparer de l’état d’esprit qui le sous-tend.

 

Le deuxième paramètre est donc la faculté à accompagner votre enfant dans ses explorations. Cela est fondamental car un parent qui possède cet état d’esprit se débrouillera toujours avec son environnement. Imaginons la scène suivante : un parent (père ou mère peu importe) achète un jouet type Montessori à son enfant de 6 mois. Mais ce dernier n’a d’yeux que pour un vieux bout de chiffon. Que faire ? Entre ce que l’on propose et ce dont l’enfant s’empare, il peut y avoir une grosse différence. Un gouffre. Quand on investit dans ce qu’on pense sincèrement être le meilleur, on ne peut qu’être déçu (un peu ou beaucoup). Cela révèle qu’en tant que parent, on ne maîtrise pas tout. Il y aura toujours un grand mystère sur les motivations profondes qui pousse un jeune enfant à choisir sur quoi il va porter son attention. L’important est d’aller avec lui, de garder une bonne capacité d’adaptation.

Voici un exemple vécu : période hivernale oblige, nous avons un spray nasal pour des nettoyages fréquents. Notre fille s’en est emparé comme nouveau jouet (alors que nous avons du matériel Montessori ;)). Elle développe grâce à lui l’habilité de mettre/enlever le capuchon. Nous avons donc fait une sortie dans le quartier avec son « nouveau jouet » tenu fermement et bien visiblement.

 

Demander une tâche simple

A partir du moment où l’enfant marche, de nombreuses tâches peuvent lui être proposer : apporter un objet à l’autre parent, mettre une couche à la poubelle, sortir du linge de la panière pour l’étendre sur un fil à linge. Jusqu’à l’âge de 3 ans, l’enfant cherche à comprendre ses parents et à les imiter. Lui proposer de participer aux tâches quotidiennes répond donc pleinement aux besoins de cette phase de son développement. De plus, il est reconnu apte à participer à la vie de la famille. Il commence à devenir sujet et non un simple spectateur.

 

Demander une tâche simple suite à une action

C’est une variante de la proposition ci-dessus. Ici on va proposer une tâche simple qui est une conséquence d’une action de l’enfant. Par exemple, pour un verre d’eau renversé, on proposera une éponge pour nettoyer. Après renversé quelque chose, on peut donner une pelle et une balayette puis mettre à la poubelle. Après une exploration de tiroir, on demandera à remettre « dedans ». L’exploration devient ainsi gagnant-gagnant !

 

Le laisser prendre des risques

Lorsque nous utilisons des jeux d’extérieur (balançoire, toboggan, etc.), notre règle est simple : notre fille utilise ce qu’elle peut appréhender. Si elle n’est pas capable de monter en haut du toboggan, elle ne fera pas de toboggan. Mais si elle commence d’elle-même à grimper sur ce plan incliné que nous ne lui aurions jamais proposé, nous tâchons de l’accompagner dans son élan. Cela s’appelle l’exploration libre. Le principe est simple : l’enfant doit pouvoir construire son propre processus d’estimation du risque. Il va ainsi estimer l’intérêt d’une action (par exemple monter un escalier), sa faisabilité et le risque qu’il prend. On peut ainsi dire que l’enfant, même en bas âge, choisi d’en assumer les conséquences. Le rôle des parents est, dans la mesure du possible, de le laisser essayer. Il ne s’agit pas de tout laisser faire ! Le jeune enfant évalue par exemple très mal les hauteurs, ce qu’il faudra toujours avoir en tête. Là encore, on voit bien qu’il y a un état d’esprit particulier à développer afin de d’estimer raisonnablement les dangers immédiats en comparaison des bienfaits futurs. Une récente étude (1) conclut que les terrains de jeux permettent, outre de développer la motricité, le comportement social et l’indépendance, d’augmenter la capacité de l’enfant à évaluer le risque et à élaborer des stratégies pour le gérer. Autrement dit, le fait de laisser son enfant prendre des risques lui permet de diminuer la prise de risque !

Notre expérience actuelle de l’exploration libre nous montre deux choses :

  • nous découvrons des capacités que nous ne soupçonnions pas
  • notre fille nous demande de l’aide régulièrement.

Elle développe donc une attitude équilibrée. Précisons que dans bien des situations, c’est à nous de mettre en garde, d’expliquer et de donner des règles strictes (on ne se met pas debout sur une chaise par exemple).

 

Le laisser manger seul

Avec la cuillère ou avec les mains, un enfant de moins de 18 mois peut tout-à-fait manger seul. Là encore, le matériel dont vous disposez et l’aménagement de l’espace repas sont des données qui ont leur importance. Nous avons anticipé les chutes de nourriture en installant un film plastique transparent au pied de la chaise haute afin de nous faciliter le nettoyage. Les assiettes ont été remplacé par un happy mat. Mais le principal obstacle me paraît vraiment être notre capacité de tolérance. Le laisserez-vous faire ? On a beau savoir que cela participe pleinement au développement de son enfant, cela reste de la nourriture par terre et du nettoyage supplémentaire. Et que dire du regard des autres… Il est donc important de se respecter dans ses propres limites. Si l’on est très sensible au gaspillage ou à ce que la cuisine reste impeccable, il ne sert à rien de se faire violence. On pourra intégrer progressivement des petits moments d’autonomie. La pomme par exemple est beaucoup moins problématique à nettoyer que de la banane. Idem pour des pâtes en comparaison du riz ou, pire, de la purée.

 

Inciter au rangement

De même que suivre toujours le même ordre pour l’habillage, un rangement permet de donner du pouvoir à l’enfant. Il peut en effet plus facilement trouver ses différents jouets : coin des livres, corbeille pour les peluches, boîte à instruments de musique, etc.

 

Que ces outils puissent vous inspirer. Sentez-vous libres de vous les approprier, de les arranger à votre sauce. Qu’ils soient une aide et non une contrainte. N’hésitez pas à partager dans les commentaires comment vous y prenez-vous pour développer l’autonomie de vos bambins. J’ai hâte de vous lire !

 

Pascal

 

 

 

 

(1) What is the relationship between risky outdoor play and health in chidren ? A systemic review. Mariana Brussoni et al.

 

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